Gratien Gélinas est l'auteur de Tit-Coq, pièce de théâtre parue aux éditions Beauchemin de Montréal en 1950. Tit-Coq a été joué pour la première fois le 22 mai 1948 sur la scène du Monument National, à Montréal, dans des décors de Jacques Pelletier, des costumes de Laure Cabana et d'après une mise en scène de l'auteur en collaboration avec Fred Barry. Après la relâche d'été, la pièce continua sa carrière au Théâtre du gesu, où la deux centième représentation fut donnée le 22 mai 1949.
Tit-Coq fut le premier grand succès du théâtre québécois. Le public reconnaissait la voix privilégiée de l'âme collective de ce peuple francophone dans ce personnage à la fois témoin des peurs engendrées par la guerre et défenseur de sa culture.
" Tit-Coq est l'une des œuvres les plus originales et les plus poignantes du théâtre moderne. Il y a des moments qui sont d'une tendresse exquise ou d'une violence terrible, ou d'une gouaille plus terrible encore, souvent qui sont tout cela à la fois, des moments qui ont fort peu d'égaux sur la scène contemporaine."
René Lévesque, Le Clairon
" Tit-Coq a vieilli, bien vieilli, comme un meuble d'époque, rustique, authentique. On relit la pièce avec intérêt. Sans doute faut-il maintenant la resituer dans son contexte: la guerre et ses séquelles [ … ]. Les conflits localisés et datés de Tit-Coq ont une signification historique. On pourrait revoir la pièce à la lumière [ … ] d' Un simple soldat de Dubé, dont le héros-victime a plusieurs traits de Tit-Coq: mi-orphelin, mi-révolté, etc. Tit-Coq a maintenant une postérité et un nouveau contexte."
Laurent Mailhot,Présentation critique à l'édition de Tit-Coq, Quinze, 1980
Le Rivage des Syrtes, une gigantesque scène de théâtre
Pourquoi ne pas évoquer Julien Gracq, le dernier des Romantiques, en ce numéro 3 d'avril 2007 ? Rien ne nous en empêche en effet, pas même les élections présidentielles ou législatives… Et c'est vrai que dans des périodes comme çà, il peut prendre l'envie à quelque lectrice ou lecteur d'élever le débat des idées un peu plus haut… en tout cas quant à l'usage de la langue française, au style, et à la littérature.
Amorce banale de journalisme littéraire, pourrait-il être rétorqué. Oui, mais précisément, ce n'est point la réflexion que nous attendons d'une lectrice ou d'un lecteur averti… La question pertinente serait plutôt: pourquoi mêler Julien Gracq au théâtre, qui plus est au moyen de son roman le plus célèbre et le plus remarquable d'entre tous, Le Rivage des Syrtes ? Alors quelqu'un dira: après tout, puisque l'illustre Nicolas Sarkozy, candidat aux élections présidentielles de 2007, se permet sans vergogne de mêler la politique à la littérature, pourquoi ne pas mélanger roman et théâtre ?!
Dans le cadre de son seul et gigantesque monument de la littérature française moderne, Le Rivage des Syrtes, ce modeste Julien Gracq, qui a - comme tous les jeunes de vingt ans le savent à en croire le désormais célèbre François Bayrou - refusé le prix Goncourt, justifie le caractère singulier de son roman par la nature de récit poétique qu'il lui a sciemment conférée. Il y introduit un décor de théâtre qui se constitue par petites touches au fil de la description. De la sorte, Julien Gracq a fait du Rivage des Syrtes un livre trangenres; d'où l'idée d'imiter Aldo transgressant la frontière du Farghestan, et par un tour transpositionnel et métaphorique de procéder à une transgression des frontières des domaines génériques en élargissant le concept classifiant de roman à ceux de récit poétique ou de récit théâtral. Etablissons précisément en quelques lignes la preuve de ce décor théâtral.
Un des aspects majeurs du Rivage des Syrtes s'illustre par des processus actantiels d'apparition et de disparition des personnages du roman, qui incite à rattacher son univers singulier à celui de la mort. En effet, le thème global du roman n'est-il pas l'anéantissement d'une civilisation parvenue au terme de son agonie ? Oswald Spengler a écrit dans Le Déclin de l'Occident que " la civilisation est la victoire par laquelle la ville se libère du sol et se tue elle-même ". Il y a montré que c'est lorsqu'elles sont parvenues au point culminant de leur éclat que les civilisations s'écroulent.
Orchestration de la ville funèbre au bord de l'eau apparaît alors la Maremma des lagunes où l'on donne de grandes fêtes, mais qui ressemblent à des fêtes funèbres. Maremma rappelle Venise, qui est bien en effet l'archétype de " la ville morte ". On sait qu'elle a justement fasciné Thomas Mann puis Visconti dans La mort à Venise. Maremma est une ville qui, assoupie dans la mémoire de son glorieux mais très lointain passé, se mire au bord d'eaux mortes. En italien, Maremma signifie " bord de mer "; il renvoie dans cette langue à un nom propre. Il s'agit d'une région d'Italie, le long du littoral tyrhénien, en Toscane, allant de l'embouchure de la Cecina à Ortebello. Cette zone était autrefois marécageuse et insalubre.
En ce sens, les quatre dernier mots du roman Le Rivage des Syrtes sont: " … le décor était planté ". Au delà de l'exemple extrême de Maremma - Venise, c'est alors tout l'univers du Rivage des Syrtes qui apparaît comme un gigantesque scène de théâtre où se célèbrent somptueusement les noces de l'Amour ou du Désir, et de la Mort. Pour mourir, les civilisations choisissent leurs plus beaux costumes, comme ceux des candidats aux élections présidentielles de 2007 par exemple, et elles se maquillent de leurs fards les plus spectaculaires, à l'instar de Ségolène Royal ou Dominique Voynet. Le romancier Julien Gracq est le metteur en scène de ce spectacle: c'est la dernière représentation, soit, mais cela aura été la plus belle.
S'il est un écrivain qui paraît incontournable au sein du courant littéraire ainsi dénommé Nouveau Théâtre, c'est bien Samuel Beckett. En fait, d'ailleurs souvent annexé par le Nouveau Roman et par le Théâtre de l'Absurde, Samuel Beckett n'appartient à aucune école. Son écriture, sa vision s'inscrivent en marge des mouvements contemporains. Grand penseur solitaire, il a toujours été indifférent à tout phénomène de mode. Son oeuvre, libre de toute influence, obéit à une nécessité intérieure: il crée au sein d'un isolement volontaire, sans chercher ni à plaire ni à convaincre. Avec Georges Bataille, Maurice Blanchot, Julien Gracq et Georges Pérec, il forme une catégorie d'écrivains originaux et inclassables qui, dans la seconde moitié du XXème Siècle, ouvrent à la Littérature des voies inédites.
C'est par le théâtre que l'oeuvre de Samuel Beckett s'est révélée au grand public. Dès sa première pièce, En attendant Godot, Samuel Beckett renonce définitivement aux règles, souvent rénovées ou transgressées, du théâtre traditionnel. Chez lui, pas de distinction de genre, des personnages à la dérive, une action qui se résume à une attente interminable, des lieux dépourvus d'identité, un dialogue terre à terre: Beckett met en scène la condition humaine contemporaine. Ainsi crée-t-il au passage des effets comiques tout empreints de douleur. Le changement fondamental qu'il provoque dans l'univers du théâtre n'aura pas eu d'égal dans l'histoire littéraire. A la même époque, Eugène Ionesco et Jean Genet participent à l'élaboration de ce théâtre d'avant-garde qui sera baptisé Théâtre de l'Absurde.
Le Tartuffe est une comédie ballet propre au théâtre du XVIIème siècle que domine son auteur, Molière. Représentée et publiée pour la première fois en 1664, la pièce a eu un grand succès. Le comportement du héros, dont Molière a donné le nom pour titre, constitue au delà de son caractère comique une satire de l'aristocratie de l'époque. C'est le petit marquis courtisan qui se retrouve là au milieu de la scène.
Le comportement de Tartuffe, au centre du jeu actanciel qu'il joue notamment avec Elmire et Dorine, est dominé par deux caractéristiques psychologiques fondamentales: Tartuffe faux dévôt, et Tartuffe vrai hypocrite.
Tartuffe est un faux dévôt qui ne croit en Dieu que par intérêt. L'argent est sa principale source de motivation. Son prétendu dévouement religieux n'est en fait que le masque de l'imposteur, le traître vendu à la cause des puissances de l'argent. L'imposture est dévoilée au coeur et au paroxysme de l'action dramatique, dont l'unité en elle-même, ainsi que celle du contexte spatio-temporel, sont parfaitement respectées par un auteur plus que jamais conformiste dans son art de composer et de mettre en scène à l'âge classique.
Quant à l'hypocrisie, elle sied bien à l'imposture. Cela relève d'une morale, d'une psychologie, d'un certain type de personnage dans lequel on peut voir très certainement, au delà d'un " je " hypertextuel, un archétype de l'aristocrate, du courtisan du XVIIème siècle, poudré et mielleux, perfide et sournois. Le " je " du Tartuffe est une constante dans cette pièce mais se révèle multiple dans sa représentation des traits psychologiques du personnage.
Avec Tartuffe, ce n'est pas la religion chrétienne qui est attaquée, mais les pratiquants. Sa révélation par Molière s'avère universelle de par le fondement même de l'Eglise, officielle et institutionnalisée, où se seront toujours cotoyés fidèles croyants dénués d'arrière-pensée et faux dévôts à la solde d'on ne sait quelle obédience, ou au service d'on ne sait quel dessein au mérite usurpé.
Usurpateur, imposteur, " bête noire " de l'Eglise, tel est le Tartuffe.
Une pièce de théâtre à voir et à revoir: un classique qui n'est pas si démodé que celà...
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