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NEW PATCHWORK 13 / NAUFRAGE

Publié le par New Patchwork

Nouvelle

Naufrage

Le soleil miroitait sur la mer ondulée. Elle était calme et scintillante. Une brise légère activait quelques vaguelettes et répandait de douces et voluptueuses senteurs marines. Cette petite île pratiquement inhabitée était d'une éclatante et féerique beauté. C'était l'atoll d'Arorae. Il s'allongeait en forme de croissant et enserrait en son sein un petit lac peu profond; l'atoll était riche de ses roches coralliennes. La végétation était luxuriante. Le petit village était éloigné du bord de mer et l'île de Tarawa, escale de la civilisation dans ce désert de solitude, paraissait inaccessible à vol d'oiseau.

Xan enfonça tout son corps dans le sable chaud. Le cocotier sous lequel il avait trouvé ombrage était immense. Le doux murmure de l'alize le berçait dans ses songes depuis quelques jours, depuis qu'ils étaient arrivés au hameau.

Natacha était un peu plus loin. Elle ramait sur la pirogue que lui avait prêté le pêcheur du bled. Soudain, peur panique: l'écorce craqua. Natacha n'avait pas vu la pointe traîtresse d'un récif qui se dressait. La pirogue commença de s'enfoncer lentement.

Heureusement, quelques roches émergentes lissées par le temps formaient une sorte de minuscule îlot à une centaine de mètres. Elle s'agrippa avec nervosité dès qu'elle eut atteint une des roches et réussit à se hisser au sommet. Elle parvint tant bien que mal à s'abriter dans une cavité qui faisait office de berceau naturel. Le ciel s'était assombri et il commençait de pleuvoir. Un vol d'hirondelles passa lentement au dessus de sa tête. Mais au fait, étaient-ce bien des hirondelles ? Puis soudain, plus rien. Même plus le bruit des vagues s'écrasant sur la roche. Son corps gisait, recroquevillé dans la cavité. Il était inanimé, comme sans vie. S'était-elle évanouie ? Le silence et le ciel obscur ne présageaient plus rien de bon.

Xan s'enfonça plus lentement et plus profondément encore. Le soleil ! Il lui dorait la peau, lui hâlait le visage. Il se sentait bien. Il se laissait envahir par le plaisir de ne rien faire. Il se sentait bien. Natacha devait être bien, elle aussi, sous le cocotier voisin. Pensant ainsi à elle depuis quelques minutes, il se redressa légèrement sur son séant. Mais, gêné par le tronc d'arbre, il ne voyait rien. Il eut alors envie de retomber dans une béatitude égoïste mais un étrange sentiment de devoir chassa les impressions de tout à l'heure. Prémonition ? Il se redressa énergiquement, cette fois-ci. Aveuglé par les rayons du soleil illuminant encore le ciel obscurci, il mit un certain temps à se réhabituer à la lumière du jour finissant. Mais maintenant, il voyait très bien autour de lui, et il pouvait constater avec effarement que Natacha n'était plus là. Etrange, certes, mais elle avait dû partir en pirogue. Comment avait-il pu oublier ? Il est vrai qu'avec cette torpeur, cela faisait un moment qu'il avait dû ainsi la laisser s'en aller. Ce n'était pourtant pas dans son habitude de partir de cette manière; il devait s'être passé quelque chose.

Xan tituba. Il faillit retomber mais finit par reprendre ses esprits. Il rejoignit tant bien que mal ses habits, remit sa montre au bracelet argenté autour de son poignet. Cinq heures ! Depuis cinq heures aussi, Natacha l'avait quitté. Il alla jusqu'au rivage, dans l'espoir d'assister au retour de l'embarcation. Mais rien. Rien.

Tout d'un coup, un objet rouge, ou plutôt orange, s'envola au gré du vent. Qu'est-ce que … Mais bien évidemment ! C'était un tee-shirt, celui de Natacha en l'occurrence ! Sans plus attendre, Xan s'empara du canoë qui restait sur le rivage et saisit la rame posée dans le creux de l'embarcation. Il tressaillit au contact du bois rafraîchi puis n'y pensa plus et accéléra l'allure. Heureusement, ce signal rouge n'était pas aussi éloigné qu'il le paraissait à vol d'oiseau. Xan se retrouva donc assez vite en mesure d'accoster l'énorme masse rocheuse. Comme il n'y en avait pas d'autres à dix lieux à la ronde, il n'avait pas été bien difficile à repérer, ce signal. Il s'agrippa avec nervosité à cette masse rocheuse. Quelle ne fut pas sa surprise de voir Natacha, là, assise dans la cavité, les yeux fixes, et le visage impénétrable de celles et ceux qui reviennent de loin. Elle lui fit un peu de place dans cette cavité pour qu'il s'assoit auprès d'elle et lui raconta sa terrible mésaventure. Ses derniers mots laissèrent Xan quelque peu bouleversé: " Tu sais, je crois que j'ai bien failli ne jamais me réveiller."

Xan et Natacha s'étaient tous deux installés dans l'embarcation et pendant qu'il ramait, elle scrutait l'horizon. Le ciel était maintenant totalement dégagé, le coucher de soleil resplendissant, la mer assagie. Natacha avait les yeux rivés sur cette terre, sur cet atoll qu'elle pouvait voir mais qui n'apparaissait pas. Ils étaient pourtant sûrs d'avoir pris la bonne direction. Xan continuait à ramer.

Les heures passèrent. Seul le coucher de soleil, majestueux, leur avait donné quelque baume au cœur. Mais très vite, l'impression ambiante, cette atmosphère obscure, avait repris le dessus. Gagnés par le désespoir, entourés par une immensité marine infinie, ils n'avaient plus aucun point fixe auquel se raccrocher. Xan ne comprenait plus rien à ce qui leur arrivait. Elle non plus. Terrassés par la fatigue, le ventre creux, ils se blottirent dans le creux de l'embarcation, la laissant évoluer au gré du vent. Ils finirent par s'endormir…

Un rayon de soleil ardent fit sursauter Xan. Il se frotta les paupières léchées par l'eau salée puis regarda autour de lui. Natacha était endormie. L'horizon vide était sans limite. Il n'y avait rien. Plus rien…

 

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NEW PATCHWORK 13 / TIT-COQ

Publié le par New Patchwork

 Théâtre

A propos du Tit-Coq de Gratien Gélinas

Gratien Gélinas est l'auteur de Tit-Coq, pièce de théâtre parue aux éditions Beauchemin de Montréal en 1950. Tit-Coq a été joué pour la première fois le 22 mai 1948 sur la scène du Monument National, à Montréal, dans des décors de Jacques Pelletier, des costumes de Laure Cabana et d'après une mise en scène de l'auteur en collaboration avec Fred Barry. Après la relâche d'été, la pièce continua sa carrière au Théâtre du gesu, où la deux centième représentation fut donnée le 22 mai 1949.

Tit-Coq fut le premier grand succès du théâtre québécois. Le public reconnaissait la voix privilégiée de l'âme collective de ce peuple francophone dans ce personnage à la fois témoin des peurs engendrées par la guerre et défenseur de sa culture.

" Tit-Coq est l'une des œuvres les plus originales et les plus poignantes du théâtre moderne. Il y a des moments qui sont d'une tendresse exquise ou d'une violence terrible, ou d'une gouaille plus terrible encore, souvent qui sont tout cela à la fois, des moments qui ont fort peu d'égaux sur la scène contemporaine."

René Lévesque, Le Clairon

" Tit-Coq a vieilli, bien vieilli, comme un meuble d'époque, rustique, authentique. On relit la pièce avec intérêt. Sans doute faut-il maintenant la resituer dans son contexte: la guerre et ses séquelles [ … ]. Les conflits localisés et datés de Tit-Coq ont une signification historique. On pourrait revoir la pièce à la lumière [ … ] d' Un simple soldat de Dubé, dont le héros-victime a plusieurs traits de Tit-Coq: mi-orphelin, mi-révolté, etc. Tit-Coq a maintenant une postérité et un nouveau contexte."

Laurent Mailhot, Présentation critique à l'édition de Tit-Coq, Quinze, 1980

 

 

 

 

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NEW PATCHWORK 13 / LE NEZ QUI VOQUE

Publié le par New Patchwork

Poésie

Glané au hasard de leurs œuvres pour l'édification ( érection ) des races

( d'Erasme ) par Réjean Ducharme, suivi de la préface à son roman

Le nez qui voque

" Ah comme la neige a neigé ,

Mon cœur est consumé de givre .

Qu'est-ce que le spasme de vivre .

A la douleur que j'ai, que j'ai ? " ( Emile Nelligan, de mémoire . )

" Ah ! " ( Colette . )

" Je me … " ( Barrès . )

" Oh ! " ( Kierkegaard . )

" Ah ! " ( Platon . )

" Sur la … " ( Mauriac . )

" Ich … " ( Hitler . )

" Ils … ne … la … votre … votre … leur … " ( Musset . )

" Ah ! " ( George Sand . )

" Il fait … " ( Gide . )

" Les Messieurs de vos a semblez … " ( Iberville )

" Un estourdi plein de présomption angloise … " ( Iberville )

" Nous rencontrâmes un baleinier Américain qui faisait la pêche à la baleine . "

( Léandre Ducharme . )

" L'auteur sollicite l'indulgence pour la qualité de cette production . " ( Léandre Ducharme . )

" Le beau n'est pas nécessairement difficile à faire. Le beau n'est pas nécessaire. Le beau n'est pas. Le beau nez ! " ( Auteur imaginaire . )

Quel est celui de ces deux pronoms démonstratifs qui est le meilleur : cela , ça ? Si c'est ça ce n'est pas cela et si c'est cela ce n'est pas ça .

Un ciel de lit regarda un ciel et lui dit :

  • Je ne suis pas un ciel de lit . Je suis un ciel .

Un ciel, qui ne voulait pas être pris pour un ciel de lit par les autres ciels, regarda les autres ciels et leur dit :

  • Je suis un ciel . Je ne suis pas un ciel de lit . Je ne suis pas un homme de lettres . Je suis un homme .

 

Réjean Ducharme, auteur du Nez qui voque , roman paru aux éditions Gallimard en 1967, est né en 1941 à Saint-Félix-de-Valois [ Québec ], a fait les métiers les plus divers et a voyagé aux Etats-Unis et au Mexique. Il a publié huit romans, fait jouer quatre pièces, a écrit des scénarios de films et des chansons.

 

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