Rouletabille est chargé par lui d’une mission délicate :
se rendre dans une maison de campagne qui est apparue dans l’annuaire des P.T.T comme étant une résidence de la famille Valaque. Il lui a d’ailleurs affirmé que c’est la seule adresse figurant
dans l’annuaire qui corresponde avec ce nom. Cette maison, supposée telle, se trouve dans un hameau du côté de Blois, pas très loin de Paris. Sinclair éteint calmement sa pipe tout en ressassant
cette idée qu’il vient d’avoir à propos du corps de Marco Valaque découvert sans vie, la gorge tranchée, dans un appartement de la rue Scribe. La police avait été formelle : on n’a retrouvé
ni portefeuille ni pièce d’identité sur le cadavre ; d’ailleurs il ne portait ni veste ni costume et était simplement habillé d’une chemise blanche et d’un pantalon beige. Par contre, il y
avait un porte-clef dans la poche gauche de ce pantalon. Mais alors, même si cet appartement était bien le domicile de Marco Valaque, à partir du moment où une seconde explosion de gaz en
présence de la police aura empêché de retrouver le corps désormais déchiqueté par l’explosion, qu’est-ce qui prouve qu’il s’agissait vraiment du cadavre de Marco Valaque ? Maître Sinclair
ajuste son nœud de cravate devant le miroir qui orne une cloison de son bureau, en referme la porte, passe dans le hall puis referme derrière lui à clé la porte de la nouvelle agence du journal
« L’Epoque » qui a désormais pignon sur rue à proximité du parc Monceau.
Cet après-midi, il porte justement son appareil photo en bandoulière. Comme d’ordinaire, il prend tout de suite la direction du boulevard qui mène sur le parc. La démarche alerte mais patiente, il ne tarde pas à être devant les grilles en fer forgé. Il emprunte alors une allée, semblant avoir opté pour l’allure du promeneur. Avec des regards discrets, par petites touches, il profite de cette nature luxuriante que lui offre le parc. Tout d’un coup, il voit sur un banc quelqu’un embrasser une personne de couleur noire, une mulâtresse. Comme s’il s’est rendu compte d’un regard discret posé sur son acte, l’individu se redresse brusquement sur son séant, la noire émettant un juron. Quelle n’est la surprise pour maître Sinclair de reconnaître Camille Pèrétin, le député ! Il a en effet eu l’occasion il y a quelques jours de voir sa photo que lui a montré Rouletabille dans le journal. Revenu de sa surprise, Sinclair n’hésite pas et saisit son appareil photographique en un instant, appuyant quatre fois sur le bouton. C’est fait ! Le député n’a pas eu le temps de relâcher son étreinte et de dissimuler son visage. Comprenant pertinemment que le couple a dû se rendre compte de l’acte photographique, Sinclair reprend très vite sa marche comme si de rien n’était. Une fois hors de portée de leur vue, il éclate de rire : c’est du sensationnel !
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